E-Letter n° 177 : L’Optique est une filière « Health Tech »

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L’Essentiel de l’Optique – E-letter n° 177 – 20 septembre 2018 – Parait tous les jeudis

L’Optique est une filière « Health Tech »

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L’Optique est une filière « Health Tech » de premier plan, mais qui s’est égarée dans la facilité du commerce assisté (par les remboursements) et les frivolités de la mode qui n’est qu’accessoirement son domaine, puisque nul n’est amétrope par plaisir. Ce qui a eu pour effet d’en banaliser la mission essentielle : le retour à la vue. De sorte que la filière se retrouve aujourd’hui aux prises avec un sérieux problème d’identité.

Il est révélateur, et pour tout dire paradoxal, de voir son grand salon professionnel, le SILMO, se présenter stratégiquement comme un « flag ship » (entendez : le vaisseau-amiral d’une grande enseigne de distribution), et communiquer, pour son image générique, sur le registre du « shopping ».

Car face aux fanfreluches qui n’intéressent que les communicants, toute autre est la réalité. La réalité, c’est une mutation en profondeur, initiée par des hommes de conviction, pour porter vers sa pleine expression l’émergence d’un « opticien de santé ». Pour la première fois cette année, le Congrès d’Optométrie et de Contactologie (C.O.C.) s’ouvre à tous les opticiens (Il se tiendra les 20 et 21 janvier 2019 au Beffroi de Montrouge, aux portes de Paris). Avec pour ambition de couvrir l’ensemble des besoins de formation en santé de la filière optique, de l’opticien débutant à l’optométriste confirmé. Ce qu’a compris la nouvelle génération de l’AOF (Association des Optométristes de France qui organise la manifestation depuis près de quarante ans), c’est que l’histoire leur a donné raison. L’optométrie en tant que pratique professionnelle a été pleinement reconnue par les décrets de 2007 et 2016 (réfraction autonome en coordination avec l’ophtalmologiste), consolidant ce nouveau concept  d’opticien de santé qu’on n’appellera pas « optométriste » par diplomatie, mais qui en a toutes les qualités. Le mouvement des optométristes, par ses pratiques discrètes ou ses associations plus revendicatives, a inlassablement annoncé l’opticien de santé et en a porté le flambeau. Il en a indiqué le champ. Mais c’est pourtant à la FNOF (Fédération nationale des Opticiens), par son sens des négociations, qu’il revient d’en avoir ouvert concrètement la voie.

La réalité, ce sont les travaux  du Collège National des Opticiens, en charge de la réforme de la formation, qui permettent d’évoquer une prochaine universitarisation de la formation initiale de l’opticien, étendue et approfondie, en faculté de médecine (et non comme aujourd’hui en faculté des sciences), en lien étroit avec les écoles d’optique capables d’assumer le virage « santé ».

La réalité, c’est un gouvernement qui tente (le fera-t-il ?) de rétablir l’égalité des Français face à l’espérance de vie en bonne santé. Contre le renoncement, les délais d’attente et les tabous institutionnels, les services de l’Etat se mobilisent. La révolution de la télémédecine en offre  l’opportunité, notamment en matière d’ophtalmologie pour laquelle elle semble particulièrement adaptée. L’enseigne Krys a lancé une expérimentation en ce sens. Mais l’innovation ne s’arrête pas à la technique. Elle est aussi organisationnelle. En la matière les prés carrés corporatistes ne devraient pas peser bien lourd face à la volonté d’instaurer un système fluide, coordonné, proche, réactif. Correspondant non seulement au besoin, mais aussi au juste temps du soin. Sans attendre que le chauffeur de car ait versé dans le ravin ni que l’écolier ait redoublé sa classe faute de voir le tableau. La clef du système ? Un accès direct à l’opticien, de manière concertée et étendue. Le gouvernement a déjà prévenu : le déconventionnement guettera tout professionnel de santé qui n’aura pas inscrit sa démarche dans le système de coordination des acteurs. Forte est donc la volonté.

La réalité enfin, c’est un contrat de confiance entre l’usager, le professionnel de santé, les assureurs et les Pouvoirs publics qui ne peut se fonder sur autre chose que sur la pertinence des actes, des produits et du suivi. Dans un strict respect de l’éthique. 

Mais le monde ne va pas sans contradictions. Car sur le plan international, on assiste à une tout autre évolution : la domination progressive du « retail » sur la « santé ». Même dans les pays anglo-saxons où l’optométriste est pleinement reconnu. Par effet de balancier, en fonction des rapports de force, l’univers de l’optique-lunetterie oscille bien sûr entre ses deux polarités naturelles. C’est alors l’engagement qui fait toute la différence. Il faut maintenant savoir si l’optique veut se cantonner aux arrière-cours de la mode ou s’épanouir aux avant-postes de la santé.

L’ESSENTIEL DE L’OPTIQUE

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